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SCOUTISME : UNIVERSALISME OU ELAN VERS L'UNIVERSEL ?

S'affirmer universaliste relève peut-être davantage de la posture que de l’analyse et cette posture pourrait mal résister à l’observation de la réalité.
L'universalisme est, sans doute et avant tout, une aspiration à voir naître un monde fondé sur le consentement universel et sur l'affirmation d'un droit égal au bonheur de tous les peuples au delà de toutes les différences d'origine géographique, culturelle, sociale, de croyances...
Ainsi présenté, l'universalisme n'apparaît pas comme une réalité tangible mais comme un possible élan volontaire vers "l'universel" .
De son côté , le scoutisme mondial qui s'est constitué un corpus de valeurs partageables (Loi scoute déclinée de façon variable selon les pays et les mouvements ) offre depuis ses débuts la possibilité de rencontres internationales qui ont vocation à favoriser la "compréhension mutuelle".
La fraternité scoute est un mode opératoire qui s'inscrit dans un cadre d'éducation par l'action. Le choix de rencontrer l'autre s'assume et devient un enjeu favorisant la quête d'universel.
Des ponts existent entre les différentes civilisations. Les mythes se nourrissent partout dans le monde aux mêmes événements et les épopées offrent de nombreuses similitudes. Il s'agit donc d'apprendre à franchir les ponts. La proposition du scoutisme humaniste est de se reconnaître dans le langage universel des symboles.

Le noeud de Carrick du dernier jour du Jamboree de la Paix à Moisson (France) en 1947
Source: document I.N.A.: https://www.ina.fr/ina-eclaire-actu/video/afe85002676/le-dernier-jour-du-jamboree-de-la-paix
Pas de scoutisme sans idéalisme; pas de scoutisme tendant vers l'universel sans symbolisme.
UNE BOUSSOLE EN VUE DE FIXER LE CAP "SCOUTISME ET UNIVERSALISME"
QUESTIONS ET ELEMENTS DE REPONSES POUR NOURRIR LA REFLEXION
Ce n'est pas un secret . La "morale humaniste" est contestée aujourd'hui de manière virulente et permanente . Pourtant, elle reste la meilleure garante du respect de la diversité culturelle et la condition de la liberté de conscience avec la laïcité. Notre scoutisme laïque est face à un paradoxe et à l'obligation de répondre point par point aux procès qui lui sont faits par certains "d'un bord à l'autre".

Le Scoutisme laïque est face à ce paradoxe du monde contemporain : nous n’avons jamais été aussi conscients de former une même humanité au vu de tout ce qui donne l'impression de nous être commun une économie globalisée (pour combien de temps encore?), des moyens de transport accessibles au grand nombre (mais dont l'usage de masse fait planer des menaces sur la préservation de l'environnement entre autres...), Internet et les réseaux sociaux (qui nous donnent l'impression d'être complices ou farouchement "anti" de manière grégaire , voire tribale). Nous ne nous sommes rarement sentis aussi semblables émotionnellement et intellectuellement. Nous sommes exposés aux mêmes risques (virus, changement climatique, épuisement des ressources naturelles, extinction des espèces, crise économique mondiale…etc.). Et pourtant l’unité de l’humanité et à notre niveau le Scoutisme laïque construit sur le fondement d'une harmonie entre liberté (de conscience en premier lieu) , égalité (au delà de toute différence) , fraternité ( la finalité annoncée de l'éducation par les buts, principes du scoutisme mis en oeuvre grâce à la méthode scoute) reculent face au repli identitaire (nationalismes, radicalités religieuses, communautarismes).
Vue du Jamboree de Picarquin (Chili) 1998-1999
Notre scoutisme laïque et pluraliste est confronté au rejet de la communauté qui avait pourtant été le rêve des philosophes du XVIIIème siècle…Le "Libres et égaux" ne fait plus recette, y compris dans les pédagogies scoutes émancipatrices. Les êtres humains ne cessent de réinventer des différences et les responsables scouts laïques avec … On peut comprendre ce mouvement comme une réaction des peuples ou des communautés craignant de se dissoudre dans une totalité uniformisatrice. Mais cette explication en partie pertinente ne s’applique pas à la crise de la morale humaniste. Celle-ci en effet n'a pas d'équivalent pour être et rester la meilleure garante du respect de la diversité culturelle et la condition de la liberté de conscience intégrant la liberté religieuse grâce à la laïcité, à la fois comme principe (base juridique conquise de haute lutte) et comme idéal, fil conducteur d'une pédagogie scoute humaniste et universaliste pour de bon. D’un bout du monde à l’autre, chez les conservateurs on dénonce le « droit-de-l’hommisme » et on revendique des identités nationales imaginaires. A l'opposé, chez les "différentialistes" l’identité tend à supplanter l’égalité. On ne distingue plus l'humanité par le biais des catégories ou classes sociales mais en revanche on invoque de nouvelles identités de sexe, de genre, d’orientation sexuelle, ou même de race et de religion, en étant fortement influencés par les travaux en sciences sociales menés aux Etats Unis et dans les pays anglosaxons. Et nous savons bien combien le scoutisme dans le monde est imprégné de ces thèses dominantes.

Vue du Jamboree de
Saemangeum (Corée du Sud) 2023
C'est pourquoi il convient donc de rechercher les moyens de redonner une assise philosophique à cet humanisme universaliste dans notre monde réel, globalisé, forcément instable et bousculé par des tensions et conflits largement partagés . L'humanisme dont la fragilité conceptuelle est en partie due au fait que L’humanisme des Lumières qui se voulait fondé au XVIIIème siècle est en réalité perçu aujourd'hui comme occidentalo-centriste.
Trois questions sont à examiner pour expliquer que la perspective d'universalisme d'un scoutisme humaniste laïque conserve toute sa pertinence :
- Première question : Comment l’universalisme est-il possible? Quels sont les arguments de ceux qui affirment le contraire ? Et comment leur répondre?
- Deuxième question : Comment l’humanisme est -il seule source de valeur? - Troisième question : Sur quoi repose la valeur de l’humanité et celle d’égalité de tous les êtres humains ?
L'universalisme et ses détracteurs.
L’universalisme serait formel : les libertés seraient formelles , les égalités seraient formelles . le "Chacun est libre de faire ce qu’il veut et a les mêmes droits que quiconque" - s’opposerait ici aux libertés et égalités réelles.
Mais rien n’empêche ses droits formels de devenir liberté et égalité réelles. Loin d’être des obstacles à cela, ils en sont éventuellement la première étape. Notre Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen et la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 sont les points d'appui d'un débat citoyen permanent et favorise concrètement la fondation de nombre de droits sociaux : droit au travail, à la sécurité sociale, au repos et aux loisirs, à l’éducation et à la culture, à a formation professionnelle, droits de l'enfant ... S’en prendre au caractère formel de l’universel ne signifie donc pas s’en prendre à l’universel lui-même. Et c'est le seul moyen d'échapper à l'assignation, ce que voudraient bien installer comme règle immuable les détracteurs de l'Universel

Si le scoutisme laïque est une école de citoyenneté, à lui de tracer la perspective d'un passage du formel au réel, par des pédagogies adaptées et chaque fois renouvelées en s'appuyant sur la méthode scoute et la promesse d'émancipation, donc de refus de l'assignation faite par l'idéal de laïcité

L’universel, obstacle à l’émancipation
Les combats menés pour l’émancipation des femmes, des colonisés, des esclaves ne se conduirait pas au nom de l’universel mais au nom de causes particulières et toujours "contre", contre le "patriarcat", le "colonialisme", l’"esclavagisme". Mais il y a ici confusion. Les combats ne sont pas menés pour favoriser l'émergence, à leur tour de nouveaux dominants, de nouveaux colonisateurs , de nouveaux esclavagistes, mais bien contre ces trois formes de domination et pour leur suppression. Donc, L’objectif demeure bien universaliste. Les moyens de l’émancipation sont particuliers mais sa fin ne peut qu’être universelle.
L’universalisme serait faussement neutre.
... Il n’y aurait que des identités différentes et de nature antagoniste: Noir/Blanc, Femme/Homme, Occidental/Colonisé, Hétéro/Homo…. La revendication de l' Universel serait de fait une revendication d' intérêts particuliers et la négation des rapports de domination (qui eux, en passant , sont bien répandus à l'échelle de la planète) . Il n’y aurait que des positions de victimes ou de bourreaux… Pourtant la fin ultime de tels combats n’est-elle pas la fin des discriminations et donc une fin universaliste ? Juger et dénoncer une injustice ne peut être seulement le droit et le fait de ceux qui en souffrent mais le droit et le fait d’un tiers qui représente la communauté éthique toute entière. L’idée de justice suppose l’universel ou elle n’est pas. Pour qu’une expérience singulière d’injustice puisse se communiquer, il faut bien qu’elle concerne non seulement ceux qui la subissent mais aussi l’ensemble des autres sinon, elle est incommunicable comme injustice.
Elle a donc, à ce titre, nécessairement vocation à l’universalité .




L’universalisme masque l’intérêt du plus fort .
L’invocation de l’Universel cacherait des entreprises de domination. L’exemple historiquement le plus probant serait celui d'une civilisation occidentale qui a justifié le colonialisme au nom d’une mission civilisatrice sensée être de nature universaliste. Et la proclamation des droits humains dans la "Déclaration Universelle des Droits de l'Homme de 1948 de droits et libertés égales sans distinction de race, de couleur, de sexe, de langue, de religion, d’opinion politique ou de tout autre opinion, de fortune, de naissance ou de toute autre situation n'aurait pas empêcher les puissances européennes de se lancer dans de longues guerres coloniales contre l’indépendance de ces peuples colonisés. Le raisonnement est contestable. Rien n’oblige à instrumentaliser ainsi l’universel pour se justifier, même si les entreprises de domination en ont souvent besoin. Cela ne signifie pas que les droits de l’humanité ne sont que l’application du prétendu « droit » du plus fort. Il est vrai qu’une définition universaliste de l’homme a pu servir d’alibi pour dire que les femmes sont moins des hommes que les autres, ou que les barbares sont plus éloignés de LA culture, celle de la Cité grecque que les autres. Mais est-ce toujours et nécessairement le cas ? Les entreprises de domination les plus « réussies » au 20ème siècle ne sont pas nées de l'esprit colonisateur mais de la haine et de l'affirmation de l'existence de catégories supérieures et inférieures sur le continent européen. La montée en puissance de l'antisémitisme dans la première moitié du 20ème siècle, la survenance des pogroms et l'apogée destructrice qu'a représenter l'holocauste en sont le contre exemple parfait. Et plus près de nous, le génocide rwandais nous montre l'innocuité du raisonnement "Occident contre le reste du monde". Le motif d’humanité sert toutes les causes, y compris celles des dominés. C’est bien en vue de l’Universel que nous combattons contre les discriminations, et non pour devenir les plus forts. C'est pour sortir de l’asservissement de l’homme par l’homme. Nelson Mandela déclarait « L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité ».
L’universel est l’horizon de toute émancipation.
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